Mon Histoire


Ce 14 juillet, jour ou je commence ce récit, nous sommes en 2011 et il y a exactement 51 ans que je suis rentré en Belgique après 6 années d'aventures, avec mon père et parfois seul, dans l'immense et beau pays qu'est la République Démocratique du Congo, anciennement le Congo Belge.

J'y étais arrivé via un vol Bruxelles-Paris en Convair et puis un DC 4 de l'ex compagnie UAT Paris-Alger-Douala-Pointe Noire-Brazzaville et puis le ferry Brazzaville-Léopoldville (Kinshasa). Le ferry c'est inoubliable, cette traversée de l'immense fleuve de plusieurs kilomètres de large au Stanley Pool restera gravée dans ma mémoire, j'avais 13 ans et suis arrivé au Congo un... 14 juillet, j'y suis donc resté six ans, six années de ma jeunesse qui restent pour moi une des plus belles parties de ma vie.

En juillet 1960 nous exploitions le restaurant bar night club du Zoo de la Tshopo à Stanleyville (Kisangani). Comme nous étions assez isolés hors de la ville, les soldats de l'armée commençant à se révolter car il n'étaient plus payés correctement, ils venaient exiger de la bière chez nous, au début gentiment mais ils devenaient de plus en plus menaçants jour après jour, mitraillette à la main,nous avons donc décidé de fuir le Zoo et de nous rendre au Guest House Sabena, à l'aéroport de Simi-Simi et ce le 12 juillet 60 à toute vitesse et en pleine nuit afin d'éviter d'être arrêtés en route.

Il y avait déjà pas mal de belges au Guest House, en fuite eux aussi mais il n'y avait aucun avion pour nous évacuer.

Le 13 juillet au soir Patrice Lumumba a atterri avec un avion de l'armée américaine et après des palabres interminables nous avons pu prendre

l'appareil qui nous emmena à Léopoldville (Kinshasa) et de là on nous a mis dans un tout grand appareil de l'armée US qui nous transporta à Bruxelles via Kano.

J'ai profité de mon retour en Belgique pour entrer à l'armée faire mon service militaire d'un an, trois mois à Malines caserne Baron Michel et ensuite six mois à Weiden et trois mois à Dellbruck près de Cologne.

Ensuite je suis devenu technicien radio et cela a évolué en technicien télévision et en 1964, ne m'habituant pas bien à la vie en Belgique je suis parti aux Etats-Unis près de New-York, comme technicien chez Lafayette Radio Electronics. Ce fut une excellente expérience au point de vue boulot mais certainement pas en ce qui concerne la vie privée dans ce pays. La mentalité US ne me convenant pas j'ai donc décidé de rentrer au pays en janvier 1965 et ai recommencé le travail chez mon ex patron qui m'a accueilli à bras ouverts, quel brave homme était ce monsieur Dehing, d'Anvers.

Tiens, technicien, comment ?

Déjà au Congo auprès de mon père j'étais fort intéressé par tout ce qui touchait l'électronique. C'est moi qui raccordais toujours les amplis pour le spectacle, les lumières et l'électricité en général.

Lors de l'interview que j'eus au Petit Château avant d'entrer à l'armée avec toute une levée de jeunes revenant du Congo, l'officier qui m'interviewait me demanda ce que je voulais faire durant mon service militaire. Sachant que je n'avais pas beaucoup de bagage 'scolaire' je lui ai demandé de me placer dans une unité ou je pourrais apprendre quelque chose.

Le brave homme m'a enrôlé dans les TTR, troupes de transmission, j'ai passé trois mois à Malines, appris le morse et les fondamentales des émetteurs et récepteurs de l'armée belge.

Ayant de bons résultats j'ai été placé en Allemagne et j'étais le seul milicien qui pouvait travailler au service de transmissions avec les gros émetteurs. Nous avions une liaison avec Bruxelles et aussi le Congo, c'était passionnant et j'eus envie d'en apprendre plus.

C'est ainsi que je me suis inscrit à un cours par correspondance pour devenir technicien, cours que j'ai terminé trois mois après ma démobilisation.

Grâce à ce cours j'ai pu passer un examen d'entrée à ce qui devint mon

futur boulot, la firme Dehing d'Anvers.

Pour le reste pour tous mes emplois c'est mon expérience qui a compté.

En 1964 et toujours plein d'esprit d'aventure je suis parti aux Etats-Unis, persuadé que la vie serait un rêve dans ce pays.

Départ de Luxembourg, escale à Keflavik en Islande ainsi qu'à Gander et puis New-York.

J'ai rapidement trouvé un emploi et accepté d'être technicien chez Lafayette Radio, à Syosset, Long Island NY. Philips - Norelco m'ayant répondu un peu trop tard, sinon c'est eux que j'aurais choisi.

Nous étions 15 techniciens chez Lafayette, beaucoup d'européens qui étaient fort appréciés. Je gagnais bien ma vie et les possibilités au boulot étaient formidables. Mais... la vie dans les environs de New-York ne me plaisait pas du tout, même les américains me disaient que c'était mieux en Californie.

Un soir de Noël 1964, plein de cafard, je décidai de revendre ma voiture et de m'acheter un ticket retour, New-York, Islande, Luxembourg.

En janvier 65 j'étais de retour à Anvers et fut réengagé par mon ex patron, très heureux de me revoir, d'autant plus que je lui rapportais une montagne de documentation technique de Lafayette, une marque qu'il vendait aussi.

La vie continue, je me suis marié en 66 et nous avons eu deux enfants, une fille et puis un fils et nous habitions à Brecht au nord d'Anvers sur un terrain de 15.000 mètres carrés avec nos chevaux, poules et autres mais après une expropriation pour le train à grande vitesse Anvers Amsterdam nous avons déménagé vers Merksplas près de Turnhout avec les chevaux. Maintenant c'est ma fille qui y habite et y tient ses chevaux.

Retraité depuis 2002 à 61 ans j'ai continué à travailler mi-temps jusqu'en janvier 2009, à mon 68e anniversaire. Monique habitait déjà Merksplas, voir plus bas.

Mon épouse Christiane Pauwels décède en 2007 après 41 ans de mariage, des suites d'un cancer et un an après je fais la connaissance de Monique et nous vivons maintenant à Dour dans le Hainaut.

Mes enfants : Fabienne Beguin, elle habite Merksplas.

Christian Beguin, époux de Sonia Goetschalckx, ils

habitent à Westmalle, tout près des Trappistes bien connus pour leur bière.

Petit-fils : Ian Beguin, habitant avec ses parents à Westmalle né en 2001 à Wilrijk.

J'ai rencontré Monique Vachaudez lors d'une fête que mon ex belle-soeur organisait pour son anniversaire, chez elle à Tertre Saint-Ghislain en juin 2008, Monique étant veuve comme moi mais depuis beaucoup plus longtemps, nous avons fait connaissance. Comme moi elle était régulièrement sur internet et je lui ai passé l'adresse de mon site www.alain-beguin.be et nous sommes restés en contact via e-mail et MSN. Un jour j'ai pris mon courage à deux mains et suis allé à Boussu où elle habitait et lui ai carrément demandé de venir habiter chez moi en Flandre à Merksplas... erreur capitale car le lendemain matin un coup de téléphone m'apprit qu'il ne fallait plus y penser, c'était fini avant de commencer. Bon, j'avais prévu un voyage en Crête afin de voir ma soeur Viviane que je n'avais plus vue depuis les années 70 mais je restais en contact avec Monique car nous restions... copains. Au fil de ce voyage l'internet nous fut très utile et à mon retour j'ai été la revoir et oui, nous avons constaté que nous étions amoureux. J'ai pu la convaincre, oh miracle, de la faire venir à Merksplas et quelques mois plus tard elle venait me rejoindre après beaucoup d'aller retours de 340 kilomètres au total pour effectuer le déménagement.

C'était très dur pour Monique, ayant toujours vécu près de sa famille et n'ayant pas, comme moi, eu une vie très irrégulière avec beaucoup de déménagements tant en Belgique qu'au Congo, elle ne parvenait pas à s'habituer à Merksplas, d'autant plus qu'elle ne parlait pas flamand. S'ajoute à cela qu'elle ne se sentait pas chez elle mais plutôt à l'étranger.

Cette vie complètement différente ne lui allait pas et même moi je ne me sentais plus à la maison vu que mon épouse décédée avait voulu que la maison revienne à Fabienne, notre fille.

Monique étant proche de la dépression et pour sauver notre amour nous avons donc décidé de retourner en Wallonie et d'y acheter une maison ensemble.

La maison de Merksplas est passée à notre fille et mon fils eut le reste du terrain à Brecht, que nous avions pu garder après l'expropriation.

La maison de nos rêves fut rapidement trouvée, à Dour dans une rue bien calme et avec un beau jardin mais ce coup-ci nous avons fait faire le déménagement par une firme, j'en avais assez, et puis il y avait mes meubles en plus, c'était trop.

Dour, où nous avons le fameux festival en ce moment, est assez calme, proche de Mons et de Quiévrain ainsi que de la frontière française, ce qui nous permet de faire des emplettes en France, pays tout de même moins cher.

Monique est maintenant proche de son frère et de ses soeurs ainsi que de son fils et elle va beaucoup mieux. Elle avait beaucoup d'ami(e)s ici et peut les revoir quand elle veut et je vois bien qu'elle se sent beaucoup mieux. On en profite et nous sommes très heureux ensemble. Nous nous sommes mariés en Crête devant l'église orthodoxe en juin de cette année 2011.

Toute ma vie j'ai voulu revoir ce Congo que j'avais si bien connu mais cela n'a jamais été possible, surtout au point de vue sécurité, il y eu tant de guerres et de révolutions que cela ne pouvait être qu'un rêve.

Afin de pouvoir mieux comprendre mon récit je me dois de vous raconter simplement quelques années de ma vie

.

Mon papa, Marcel Beguin (nom d'artiste Mickey Bunner) artiste bien connu en Belgique durant les années 1945/1952 grâce aux quelques big- bands qu'il a dirigés et formés est parti au Congo en 1953 avec en poche un contrat pour jouer sa musique dans les Guest-House Sabena de l'époque et ce, avec sa seconde épouse Marion et ma demi-soeur Viviane, née le 21 septembre 1950 à Molenbeek.

Mon père a divorcé de ma mère peu après la guerre, moi je suis né le 29 janvier 1941 à Uccle.

Ma maman, Suzanne Vanhecke, fille d'un commandant de l'armée belge Siegfried Vanhecke, étant beaucoup trop jeune pour que cela se sache dans les environs est allée accoucher à Uccle ou l'on m'a laissé durant des mois jusqu'à ce que ma grand mère paternelle Maria Beguin-Tuerlinckx décida d'aller me chercher et de m'emmener chez elle à Anvers.

Ma maman ne s'est jamais remariée et après plusieurs emplois de par le monde et un an à Kinshasa, elle a été employée par le ministère des affaires étrangères et est devenue secrétaire à l'ambassade de Belgique de Varsovie en Pologne durant les années 70. Atteinte pour la seconde fois d'un cancer elle est décédée dans une clinique à Londres après une opération très difficile. Je l'ai vue chez moi à Brecht durant une semaine, quelques mois avant son décès, elle n'était pas encore fort malade alors.

J'ai été inscrit à la commune d'Uccle et baptisé sous le nom d'Alain Vanhecke, nom de famille de ma maman, mon père n'étant pas présent à ce moment. Ce n'est que beaucoup plus tard que l'on m'a reconnu et appelé Beguin. Mes grands parents avaient le plus beau magasin de tissus d'Anvers et décidèrent de me garder chez eux. Au fil du temps j'allais chez ma mère à Wilrijk ((Elsdonk avenue des merles), parfois chez mon père lorsqu'il était en Belgique et parfois en colonie de vacances à la mer en été. Chez mon grand-père Vanhecke je ne me suis jamais senti fort bienvenu, il m'obligeait d'ailleurs a l'appeler 'mon Commandant' ...

De la guerre, je m'en souviens très peu, mis à part les V1 et les V2 dont un est tombé à proximité et tous nos carreaux s'envolèrent en éclats. Il a fallu tout fermer provisoirement avec de grands panneaux en Triplex.

Nous vivions à la cave à ce moment, sans doute après la libération mais les bombes V1 et V2 ne cessaient pas de tomber.

Lorsque le calme est enfin revenu je vois encore un immense champ à Wilrijk où tous les chars, Jeeps et véhicules de l'armée américaine étaient garés. Un jour ils sont tous partis, une immense file de véhicules se mit en route pour le port d'Anvers d'où ils furent renvoyés aux Etats-Unis.

Peu après la guerre j'ai vu enlever les plaques de noms des rues d'Anvers qui étaient bilingues, elles furent remplacées par de nouvelles plaques mais uniquement en néerlandais. (environs 1949?) La rue du Jardin des Arbalétriers devint Schuttershofstraat, rue des Tanneurs devint Huidevettersstraat, place de la comédie devint Komedieplein.

Au port on voyait les chevaux tirer les traineaux des Nations, le laitier, le boulanger le brasseur, tous travaillaient encore avec des chevaux. Les ordures se ramassaient un ville avec un tracteur et une remorque.

Des écoles, j'en ai connu, beaucoup, aussi bien en Belgique qu'au Congo. Commençons par les gardiennes lorsque j'habitais à Bruxelles chez...mon oncle Fernand Beguin, frère de mon père, environs 1945. Puis, le pensionnat «Les Abeilles» à Mortsel près d'Anvers pour mes deux premières années primaires.

Ensuite Blankenberge pour la troisième année en ... Néerlandais, je me souviens que je ne pouvais pas prononcer «gij» et «jij» mais devions dire «gi» en dialecte.

A cette époque, nous sommes en 1950, mon père tenait le café La Clef de Sol dans la rue des Boulangers (Bakkersstraat) actuellement c'est un magasin de plantes et fleurs.

Mon père, qui buvait parfois beaucoup trop devenait alors brutal et jaloux et il nous rendait la vie impossible. Un jour en 1951, j'avais tout juste 10 ans, je me suis encouru avec le peu d'argent que j'avais et j'ai pris le train à Blankenberge et suis parti pour Anvers chez mes grands parents qui, après concertation avec mon père et ma mère me mirent à l'école rue Louise (Louizastraat) à Anvers.

Entretemps, nous sommes en 1953 et mon père part avec son contrat Sabena pour le Congo après avoir travaillé quelques mois en Turquie, son affaire de la Clef de Sol à Blankenberge s'étant mal terminée.

La vie en famille 'normale' me manquant énormément cela se ressent dans mes résultats scolaires et je double ma cinquième primaire. A nouveau concertation et l'on met met en internat au Collège Saint Joseph à Turnhout. J'y termine mes primaires en 1954 avec de très bons résultats et y fais aussi ma communion solennelle.

L'internat coûtant très cher je suppose que la famille s'est a nouveau concertée et lors des vacances scolaires il fut décidé subitement que je partais rejoindre mon père au ... Congo. Bon débarras pour certains mais je ne regrette pas du tout ce qui m'est arrivé ni l'occasion d'avoir pu voir et sentir l'Afrique de très très près.

Pour pouvoir cloturer la listes des écoles je mentionne en une fois celles de 1954 a 1957 ;

1954/1955 Athénée Royal Léopoldville externe en néerlandais, résultat :

doublé.

1955/1956 idem mais en francais et aussi Athénée d'Elisabethville (Lubumbashi) interne et aussi Athénée Royal d'Usumbura au Burundi. Résultat, je passe en seconde moyenne, grâce à l'internat.

Papa se dispute (encore) avec sa seconde épouse et nous partons lui et moi pour Stanleyville (toujours par la route) et on m'inscrit à l'Athénée Royal de Stanleyville (Kisangani) pour l'année scolaire 1956/1957, avec pour moi des résultats catastrophiques, la vie à la maison étant devenue absolument impossible et mon père m'ayant abandonné tout seul durant près de trois mois, me laissant un tout petit peu d'argent pour tirer mon plan, manger etc. Autant dire que, comme gamin de 16 ans, ce n'était pas facile du tout et étudier impossible, ce fut donc ma dernière année à l'école, ce qui termine cette liste.

En 1954, à Léopoldville, papa travaillait au Mirédo et nous habitions juste en face, avenue Tombeur de Tabora, (avenue Tombalbaye maintenant) son contrat avec la Sabena étant terminé il changeait souvent de boulot et ainsi j'ai vu beaucoup de cette grande ville qui compte maintenant en 2011 environ 8 millions d'habitants.

Comme il était aussi pilote privé c'est lui qui m'a initié à l'aviation et grâce a cela lorsque j'ai commencé a voler moi-même j'ai été lâché en solo en seulement sept heures à Brasschaat le 15 avril 1973. Bref, l'avion m'a permis de voir tant de belles choses, comme le fleuve, les rapides, les chutes et le barrage de Zongo ainsi que la plage de Gombé entre Léo et Matadi le long des rapides.

On pouvait y nager en n'allant pas trop loin sinon on était emporté par le courant très violent.

Par la route nous allions à Thijsville, Matadi et parfois à Brazzaville en Piper pour l'un ou l'autre un rallye aérien.

Les disputes étaient fréquentes à la maison il va de soi que les études, comme décrit plus haut, en souffraient. En plus c'est moi qui m'occupait principalement de ma soeur Viviane car sa maman jouait aussi la musique la nuit et il fallait bien s'occuper de la petite, l'habiller, l'emmener à l'école gardienne en bus scolaire.

Heureusement que nous avions un boy qui s'occupait de la cuisine et de temps en temps une 'mama' venait aider pour Viviane et la lessive.

Nous avons encore habité à l'hotel Régina qui est détruit maintenant, on y construit un nouveau, boulevard du 30 juin (boulevard Albert). Là nous étions logés et nourris et c'était la vie d'hotel, j'étais toujours servi et c'était une espèce de luxe mais pas du tout une vie de famille.

C'est ce luxe qui a fait que je ne suis pas du tout à la maison en ce qui concerne les travaux ménagers, la cuisine ainsi que le jardin. Au jardin, tondre le gazon est déjà suffisant pour moi...

par contre dans tout ce qui concerne mon boulot plus tard là je peux affirmer que j'ai bossé...surtout que j'adorais l'électronique, l'électricité et maintenant les ordis, bien sûr.

En 1956 nous partons pour Elisabethville (Lubumbashi) par la route, une belle aventure à cette époque, heureusement que les routes étaient bien entretenues. Cependant, en saison des pluies elles deviennent parfois terribles et parfois il faut foncer pour traverser le 'potopot' (la boue). Léopoldville-Popokabaka-Kikwit-Luluabourg-Kamina-Kolwezi- Jadotville-Elisabethville et cela a pris un bon mois, papa ayant décidé de jouer en cours de route, ce qui rapportait quelques sous de plus.

Nous dormions dans des missions où nous étions toujours reçus à bras ouverts par les bons pères mais souvent aussi les bonnes soeurs.

Je me souviens d'un couvent de bonnes soeurs portugaises qui, lorsque nous sommes arrivés, en pleine brousse, sont toutes vite descendues nous voir, ces deux étrangers. Je me souviens que les soeurs étaient très

jeunes ...

Tiens et aussi qu'entre Tshimbulu et Kamina Marion et ma soeur furent mises hors de la voiture en pleine brousse, papa ayant à nouveau sa crise. Il les a fait sortir mais a sa grande surprise moi aussi je suis sorti, ne voulant pas me séparer de ma petite soeur qui n'avait que 5 ans ainsi que de sa maman. Il va sans dire qu'après une demi-heure mon père est revenu nous embarquer. Il n'y avait rien du tout a cent kilomètres dans les environs. Souvenirs souvenirs...

D'Elisabethville (Lubumbashi) je ne puis raconter grand chose, ayant passé quelques mois à l'internat de l'athénée et je passais les quelques jours de vacances chez des amis qui tenaient la taverne resto du lac aux Dames, (lac

Tshombe) ancienne mine pleine d'eau ou l'on pouvait faire du ski et de la natation.

Papa travaillait avec Marion, la maman de Viviane que je considérais aussi comme maman car elle m'aimait beaucoup, au club 'la Nouvelle Equipe' chez Julien (Lucien?) Brees, c'est là qu'un dimanche j'ai pu fêter mes 15 ans et je reçus le livre 'Le comte de Monte Christo', livre qui m'a fort frappé et passionné.

L'athénée m'a beaucoup plu, surtout la vie régulière et les possibilités d'étudier convenablement et ce, sous surveillance. Pourquoi étais-je un excellent étudiant dans les internats ?

Nous avons quitté E'ville en 1956 vers Usumbura via Jadotville et en route nous avons vu les chutes de la Kiubo, merveilleuses et grandes chutes et je crois une des plus belles du Congo. Ensuite Manono et Albertville (Kalemie), Fizi, Uvira et finalement Usumbura où mon père avait obtenu un contrat au Grand Hotel, le patron était Victor Zaccas, de nationalité grecque.

Papa avait beaucoup de succès, il jouait du piano, trombone, vibraphone, excellent chanteur genre Frank Sinatra, compositeur et arrangeur. Un excellent showman et il savait tenir son public en haleine toute la soirée. avec ses sketches et imitations.

A Usa (Usumbura) papa volait aussi et m'emmenait souvent survoler le lac Tanganyika ainsi que les montagnes.

Entretemps je savais déjà conduire mais a 15 ans ce n'était pas encore permis (17 ans au Congo Belge, après examen théorie et pratique, ce qui n'existait pas encore en Belgique) mais je conduisais tout de même presque tous les jours, comme un grand. J'ai été pris plus tard mais je raconterai cela plus loin. Usa était une belle petite ville avec tout ce que l'on pouvait désirer, resto, night-clubs, plages le long du lac, aéroclub, de splendides montagnes à l'est et la vie y était très agréable, d'autant plus que nous y avions beaucoup d'amis. Le Mwami Mwambutsa en était et c'est nous qui avons installé le train électrique Märklin dans son palais à Kitega.

Néanmoins, mon père étant ce qu'il était ne changeait pas et à nouveau une grosse dispute avec Marion le fit décider de partir pour Stanleyville,

laissant Marion et Viviane là-bas. J'étais obligé de le suivre et c'est ainsi que nous avons pris la route via Kigali ou nous avons logé.

Le lendemain matin avant de partir mon père me demanda d'aller chercher du pain pour la route et c'est là qu'un commissaire me vit rouler avec l'Opel Rekord Caravan 1956 et me fila une amende en me disant 'jeune homme vous conduisez très bien mais je dois vous donner une amende' 500francs de l'époque et mon père n'en fut pas très heureux mais comme c'est lui qui m'avait envoyé avec la voiture il ne dit plus rien... (environ 12 euros actuels mais valeur comparée a 1956).

Après Kigali – Kisenyi – Goma - Rutshuru et après avoir logé chez un copain, Jacky Gubin, pilote professionnel qui répandait de l'insecticide sur les champs avec son Piper spécialement équipé nous avons continué la remontée vers Stan, via Lubero, Beni, Mambassa, Nia-Nia, Bafwasende, Stanleyville et direct vers l'hôtel Stanley ou mon père a décroché un contrat et j'y ai donc habité chambre trois et j'allais à l'athénée.

Stanleyville a conquis mon coeur, je viens d'y passer quelques jours et c'était très émotionnel. Ma première cigarette chipée dans les poches de mon père et puis la fumer à vélo et rentrer malade, qui n'a pas connu cela ? Après l'hôtel Stanley il y eut divers contrats dont celui du Pourquoi-Pas le long du fleuve, alors nous habitions aussi le long du fleuve au bout de l'avenue reine Elisabeth et j'allais souvent nager dans le fleuve et à la piscine.

La piscine, actuellement complètement délabrée, était alors formidable et nous y passions très souvent, d'autant plus que je pouvais y aller a pied.

Papa a même eu son avion à Stan, un Auster Aiglet, le OO-CER (surnommé La Sorcière) en co-propriété avec monsieur Denève du garage du même nom à Stan. Cet avion a fait un crash dans les environs d'Opienge en 57, avec aux commandes le commandant de l'ancien aéroport de Simi-Simi, le commandant Jacques. Erreur de navigation mais un terrible drame pour papa. L'épave a été revendue à Air Brousse à Kinshasa et fut complètement remise en état.

L'appareil fut ramené chez nous le long du fleuve, en pièces détachées. Nous l'avions emballé dans une immense caisse après avoir vidé ce qu'il restait d'essence et la caisse fut expediée par le fleuve vers Léo, destinnataire Air Brousse.

L'appareil a encore volé plusieurs années mais un crash suivant signifia la

fin définitive de cet appareil.

L'essence, du 100 octanes, fut employée pour notre première camionette Volkswagen, il va sans dire qu'avec du 100 octanes le moteur n'a plus fait long feu...

Dommage car nous l'avions achetée à la famille d'Ieteren (VW) qui avait fait le voyage de Bruxelles à Stan par la route avec elle. Elle était tout à fait équipée pour l'Afrique et un outil idéal pour les aventuriers que nous étions.

Voici un extrait d'une lettre à ses parents concernant un vol effectué avec cet appareil, le retour de Léopoldville vers Stanleyville en 1957, après une révision chez Air Brousse, article que j'ai fait paraître dans Avianews en avril 1975 :

Le périple d'un Pilote de Brousse

Tout a été soigneusement préparé pour décoller de Léopoldville N'jili mais rien à faire ! Le temps est bouché. La terrible purée de pois m'oblige à patienter jusqu'au lendemain avant de m'envoler avec l'autorisation de la météo. Direction Stan via Coquilhatville.

Me voici donc en l'air avec mon petit avion, un Auster Aiglet, sur lequel je viens de passer trois mois de travail. Il est neuf et éclatant comme un bijou. Ma première étape est Kwamouth où j'apporte quelques lettres et messages à l'administration du poste. Kwamouth est un petit poste dirigé par un seul administrateur blanc. Celui-ci « règne » sur une population de deux mille indigènes environ. Après un « pot » je repars aussitôt.

Le décollage est mouvementé, peut-être à cause de cette terrible piste située sur un monticule de 400 mètres, le plafond est encore très bas.

Je prends donc le cap de Coquilhatville où je dois arriver dans les heures prévues au risque de déclencher tout le système d'alerte.

Petit à petit le temps se gâte...Je passe malgré tout, en accusant un léger retard. La réception à Coq est vraiment charmante. Le Commandant Jacobs se tracassait pour ma « Sorcière » (l'emblème de mon avion) et croyait bien que je ne passerais pas...

Le lendemain la météo m'interdit de partir à destination de Basankusu et Lisala. Je passe donc une nuit supplémentaire à Coq, c'est l'occasion ou jamais de faire plus ample connaissance avec ce patelin.

Le jour suivant je décolle au matin, confiant d'achever mon voyage. Hélas,

je me fais coincer une fois de plus par les conditions atmosphériques. Au bout d'une heure de vol le retour s'impose, impossible de passer ! A 13 heures je redécolle...Cette fois je ne puis reculer ! En effet, j'ai envoyé des messages radio à Kikwit et Luluabourg pour avertir des amis de mon arrivée à Stan. Je choisis l'itinéraire de Basankusu, une petite localité perdue au milieu de la Cuvette centrale. Basoko, Yangambi, Stan. Après un bref passage pour saluer les camarades de Coq, je prends le cap, toujours bien décidé à passer, quoiqu'il arrive...

La « Sorcière » est à pleine charge et j'ai l'impression que l'air ne

« porte » pas. Devant moi j'aperçois le plus fantastique front de Cumulo- Nimbus que l'on puisse imaginer. A pleine gomme, je grimpe pour essayer de l'éviter. En vain, à 4.000 mètres je ne parviens pas à dépasser les colonnes nuageuses qui se dressent devant moi. J'ai la sensation de valser comme un bouchon sur l'eau, la consommation devient excessive puisque le moteur tourne toujours à plein régime.

Des « coups de pompe » font valser l'avion, l'altimètre s'affole. En quelques secondes affiche des dénivellations de 300 mètres. Je ne vois plus rien devant moi et j'ai l'impression que la fin approche. L'avion dégringole de plus en plus, le badin de l'Auster indique 235 kilomètres/h. Mais où est passé l'horizon ? Derrière moi, les valises et la touque d'essence dansent une folle sarabande. Cette fois, je le sens, je vole sur le dos. Pour amortir la vitesse excessive qui risque d'arracher les ailes, je réduis la puissance et finalement je sors en vrille de cette étrange position. Altitude ? Deux cent mètres au plus...Sous l'éffet de l'orage le compas tourne encore comme une girouette. Visibilité ? Une cinquantaine de mètres seulement, je me dirige vers le soleil. A cette heure l'azimuth me donne, à peu de chose près, la direction du nord.

A 15 mètres des arbres je plonge vers le fleuve, il n'est plus question de monter, je viens de perdre 3.300 pids en 50 secondes !!!

Longeant le cours du fleuve, j'atteindrai sûrement Lisala. J'ai beau essayer de refaire mes calculs en m'aidant du computeur, je n'arrive pas à me situer. Le soleil s'est couché et je vole avec le miroitement du fleuve et me base uniquement sur les axes des sillages que laissent des dizaines d'îlots. A présent il ne me reste que 20 minutes d'essence et il fait de plus en plus sombre. Aussi, afin de conserver uneestimation correcte de l'horizon, je vole à trois mètres seulement de l'eau. Si mes calculs sont faux c'est la catastrophe. Il n'y a pas un seul endroit oùu je puisse me poser et même si je m'en sors, qui viendrait me chercher ici ? Plus que 10 minutes de carburant...

Mais,voici les lumières de Lisala, je reconnais le patelin. Un bref calcul mental confirme cette dernière aubaine, cinq minutes d'essence... Brusquement j'aperçois un long ruban orange. Lisala, exact, des hommes m'attendent. Ils ont allumé des lampes à huile pour baliser le terrain. Je réduis la puissance et amorce la finale.

Sachant que l'approche est difficile, j'observe bien les feux, seuls repères du plan horizontal. Je passe au ras de la t^te de quelques gars, stationnés près des feux. J'arrondis et fais le plus bel attérissage de mon existence (causé sans doute par l'émotion)

En bout de piste les phares de deux automobiles clignotent. Sans doute prennent-ils ma Sorcière pour un chasseur que je ne roule pas 80 mètres que je vire aussitôt pour atteindre le parking où m'attend ce vieux petit barbu de Commandant d'Aérodrome. Il a vraiment l'air d'un missionnaire, ce brave homme ! Mais cette fois je ne crois pas qu'il m'accueillera avec les paroles du Bon Dieu...

Parfois lors de vacances je pouvais partir dans le nord de la province Orientale, dans la région de l'Uélé, près d'Ango et Titulé dans la plantation de café de monsieur De Milde. Ces vacances étaient toujours formidables car nous étions plusieurs jeunes et on s'amusait bien.

Je suis toujours en contact avec Marc De Milde qui habite dans le sud de l'Espagne.

Un médecin, travaillant pour les laboratoires Roussel en France étant de passage à Stanleyville s'était lié d'amitié avec mon père et moi. Il allait dans tout le Congo présenter les médicaments chez les pharmaciens ainsi que dans les hôpitaux locaux.

Sachant que malgré mes 16 ans en 1957 je savais bien conduire il demanda à mon père si je pouvais l'accompagner afin de conduire sa camionnette VW dans sa tournée dans le nord-est de la province orientale et ensuite descendre via Beni-Goma-Bukavu jusqu'à Usumbura.

Papa accepta car j'étais en vacances. Encore une belle aventure via la frontière soudanaise à Aba et ensuite descente vers Beni et finir à Usa. Entre Beni et Lubero nous avons pu voir les pygmées et étudier leur méthode de chasse.

Concernant Aba, à la frontière du Soudan, je me souviens que personne

n'avait de voiture allemande, les habitants étant encore traumatisés par la guerre, avoir une voiture allemande était très mal vu.

Cette aventure me plaisait d'autant plus qu'à Usumbura j'aurais eu la possibilité de revoir ma petite soeur Viviane.

Malheureusement sa maman Marion refusa de me recevoir, ayant été menacée par mon père, elle avait eu peur, m'expliqua-t-elle des années plus tard. Je dus donc repartir le même jour.

Je suis rentré à Stan en autostop 1.200 kilomètres... en trois jours avec des camions et des voitures. A un certain moment je n'avais pas de transport et en pleine nuit je me suis endormi le long de la route sur ma valise dans l'attente d'un véhicule.

Un commissaire passant par là me vit et s'inquiétant il m'emmena au poste le plus proche. Après un interrogatoire il téléphona à mon père à Stanleyville qui lui confirma sa permission. Je me souviens que le type était ébahi, il n'avait jamais vu cela. La dernière partie de mon voyage en stop fut la plus belle, c'est le gouverneur de la province en personne qui s'arrêta à Nia-Nia et me déposa devant ma porte à Stanleyville... Quelle aventure inoubliable, merci monsieur Schoeller !

Ma dernière année à l'athénée étant un échec vu les circonstances et on décide que j'arrête les études et que je vais jouer la musique avec mon père, aussitôt dit aussitôt fait et cela a bien fonctionné, provisoirement, on en reparlera.

Papa eut maintes aventures romantiques à cette époque mais cela me mènerait trop loin, d'autant plus qu'elles se sont toutes mal terminées. Vous vous imaginez combien de mamans j'ai eu ? Je ne vais nommer personne mais je les connais encore toutes...Si elles vivent encore elles doivent avoir un âge très respectable. Je n'ai retrouvé personne en Belgique.

De nouveaux ennuis en perspective, un jour un huissier vient au Pourquoi- Pas et demande après mon père, on lui répond qu'il n'est pas là mais sera de retour vèrs 16 heures et l'huissier dit qu'il allait revenir.

On a averti papa qui m'a immédiatement demandé d'emballer toutes nos affaires dans la camionnette Volkswagen que nous avions, de passer le fleuve avec le bac et de l'attendre rive gauche.

Lui est passé en pirogue pour ne pas se faire remarquer et nous sommes partis en douce pour Luluabourg (Kananga) ou nous sommes arrivés après maints incidents de route, nous nous sommes presque noyés en plein dans une rivière en crue (la Lomami) .

Papa conduisait a ce moment et moi je dormais mais en une fois il a crié et freiné mais sur une route descendante et glissante on ne s'arrête pas tout de suite.

Nous nous sommes arrêtés avec les roues avant dans l'eau de cette rivière en crue et avec un courant énorme. Il ne l'avait pas vue sous la pluie et il était probablement fort fatigué aussi. C'était le passage d'un bac.

Après les habitants ont poussé la camionette en arrière et nous avons attendu le matin afin de pouvoir traverser. On distribua quelques paquets de cigarettes et tout le monde était content.

A Luluabourg, nous sommes en 1958 maintenant, nous avons obtenu un contrat à l'Oasis chez monsieur Mavrakis (Kis pour les amis) qui devint un ami de la famille. Je suis d'ailleurs encore toujours en contact avec Phyllis, sa fille qui habite à Rhodes, vive l'internet.

A part la musique c'est moi qui faisais les projections de films au cinéma de l'Oasis et cela me plaisait beaucoup, y compris les films 'enfants interdits'.

Papa s'occupait aussi du terrain de jeux pour les enfants et c'est lui qui a conçu et construit tous les jeux, glissoires carrousel etc, des idées il en avait!

A la cuisine le chef était monsieur William, qui reprit le Bugoyi à Kisenyi peu après.

Kisenyi au Ruanda, a côté de Goma (au Congo) était splendide et avait une merveilleuse plage au bord du lac Kivu. C'est là que j'eus le plus beau coup de soleil de ma vie, après une journée entière en plein soleil, avec Paul Pecriaux, le futur drummer des Cousins. Le soir mon père nous a renvoyé de l'orchestre car nous n'étions plus capables de jouer...

Mais, restons à Luluabourg ; nous partions parfois quelques jours en tournée avec l'orchestre qui se composait alors du guitariste Marc Pauwels, Saïda Hayez-Fievez la copine de mon père à la contrebasse, moi aux drums et papa au piano. J'avais passé l'examen et donc réussi mon permis

de conduire et conduisais donc légalement.

Une nuit, à Mwene Ditu sur la route vers Kamina, mon père avait à nouveau bu quelques verres de trop et il commençait à crier sur Saïda comme quoi elle jouait très très mal. Le guitariste n'osait rien dire mais moi je me suis révolté et je lui ai dit qu'il exagérait... mal m'en a pris, il m'a renvoyé de l'orchestre et lorsque la soirée était terminée j'ai reçu une tripotée inoubliable. Deux yeux bleus et là j'ai dit que cela suffisait et je suis parti.

Marc Pauwels notre guitariste tenait aussi un magasin de disques à Luluabourg et il m'a demandé si je voulais faire des tournées avec des disques dans tout le Congo avec une camionnette VW. Bien sûr que j'ai accepté et après les démarches nécessaires me voilà au volant de ce qui devint 'ma' camionnette et devant une aventure formidable pour un jeune gamin de 17 ans.

Plus tard je me suis rendu compte que c'était probablement une “combine” de mon père pour me faire les pieds et m'apprendre à prendre mes responsabilités.

A remarquer, je suis toujours mineur mais je vais tirer mon plan jusqu'à mes 19 ans environ. La majorité étant toujours fixée a 21 ans à cette époque.

Au départ de Luluabourg (Kananga) je voyageais vers Léopoldville, Matadi, Boma, Tshela.

Vèrs le nord sur Lodja et à l'est Lusambo, Port-Empain (Kindu) et vers le bas Kamina et puis remonter vers Albertville (Kalemie) Usumbura, Goma et Kisenyi. J'avais une installation audio sur la camionnette, ce qui me permettait de faire un peu de pub dans les villages afin de promouvoir mon exposition de disques le soir dans un hotel, sur des tables de ping-pong en général.

De plus, lorsque je roulais la nuit, les distances a franchir étant très grandes et que j'arrivais devant un bac qui ne fonctionnait pas la nuit je mettais un peu de musique congolaise et les passeurs s'amenaient très rapidement. Les paquets de cigarettes étaient généreusement distribués et je passais tout de même. Je n'ai jamais eu de gros ennuis, mais je n'oserais plus faire ce que j'ai fait ces années là. D'une part parce-que la plupart des routes sont devenues impraticables mais aussi, la sécurité devient inexistante, la misère est telle que tout est bon pour s'approprier quelques

sous.

En retournant cette année 2011 j'ai vu cette misère et en ai pleuré mais çà c'est pour plus tard.

Tiens, une anecdote ; c'est moi qui a été un des premiers a employer la route Masi-Manimba Kenge Léopoldville sans devoir faire le détour par Popocabaca et Thijsville, c'est la route qui passe tout a côté de l'aéroport de N'jili qui, a l'époque en 58 était tout neuf. L'ancien aéroport était à N'dolo près de la ville, c'est devenu l'aéroport militaire.

Voulant passer le pont sur le Kwango, une barrière, “on ne passe pas car c'est défendu,missieu y en a plus de deux cent kilomètres et y en a pas d'essence et absolument rien que la foret”. Il m'a fallu une heure de palabres et beaucoup de paquets de cigarettes avant qu'il ouvre la barrière. J'avais une touque d'essence a bord. Je suis passé et quelle économie, autrement j'en aurais eu pour plus de 500 kilomètres. Tout s'arrange avec des 'matabiches' (pourboires) c'est encore plus actuel maintenant.

Après ces aventures je me suis réconcilié pour la n-ième fois avec papa et l'ai rejoint, il était à Bukavu à l'hôtel Métropole, ensuite Usumbura club Tanganyika chez monsieur Kartsonis. C'est là que j'eus mes premiers rendez-vous "galants" après avoir reçu des petits papiers à l'orchestre de la part d'une admiratrice, elle se nommait Betty.

Je le quitte a nouveau après des menaces avec son pistolet.

Notre drummer était Paul Pécriaux qui devint le batteur des Cousins et moi je jouais la contrebasse. Il nous a menacés tous les deux et nous sommes repartis a Bukavu travailler pour Jean Noël Pascal qui faisait des films publicitaires et nous jouions aussi la musique dans quelques établissements. Nous sommes en 1959.

A la fin de ce contrat je devais bien gagner ma vie et j'ai pu travailler pour René Peretti et Lily Bertrand à l'hôtel Paguidas d'Usumbura, une très bonne période pour moi, pouvoir jouer en paix et toute sérénité.

Au Congo la situation se déteriore, j'écoute beaucoup la radio sur les ondes courtes. Les radios les plus puissantes en Congolais Lingala et Swahili ainsi qu'en français sont radio Pékin et radio Moscou.

Je tiens a témoigner ici que ce sont ces deux pays qui ont fait le plus de tort aux belges du Congo en incitant la population congolaise a jeter les belges hors du pays et d'exiger leur indépendance, 'dipenda' et 'Uhuru' on n'entendait rien d'autre sur les ondes communistes.

Le rôle de ces grandes puissances n'a pas changé, qui est encore au Congo maintenant ? Les chinois et les russes, ils ont tous les gros contrats, certainement les chinois qui font les routes et les grands bâtiments. Les congolais ne les aiment pas, j'ai pu m'en rendre compte.

Papa est à Stanleyville en 1960 et je vais le rejoindre, encore, me direz- vous... oui mais c'est du a la situation qui va de mal en pis. Il tient le restaurant bar du Zoo à la Tshopo et prévoyant de devoir rentrer en Belgique il m'a demandé gentiment d'oublier nos différends et de le rejoindre, il me paie même le voyage Usumbura – Stan en Convair Sabena.

Arrivé à Stan (Kisangani) je vois bien que tout va mal, qu'il y a peu de blancs qui restent, nous sommes en avril et fin juin ce sera l'indépendance. Peu de clients et les affaires ne vont pas bien du tout. C'est moi qui entretient les 7 grands aquariums du zoo car il n'y a plus personne de qualifié, puis plus rien a manger pour ces pauvres bêtes qui commencèrent a se dévorer. Après le 30 juin : l'indépendance et les soldats en armes viennent chez nous pour avoir de la bière. Nous la donnons jusqu'à épuisement et là ils sont devenus menaçants, si demain pas de bière (gratuite) vous aurez de graves ennuis...

Un soir, le 12 juillet 1960 nous sommes partis vers l'aéroport de Simi Simi, souvenez-vous du début de cette histoire.

Papa est décédé en 76 en Espagne et est enterré à Alfaz del Pi près de Benidorm et d'Altéa.

Ma soeur Viviane que je vois presque tous les ans habite et travaille en Crête, à Gouves près d'Heraklion.

Sa maman, Marion est décédée en Grèce, elle avait épousé Victor Zaccas, le patron du Grand Hôtel à Usumbura.

Ma maman est enterrée à Oxted dans le Surrey (GB)

Comme quoi, la famille est bien disséminée...

C'est mon épouse Monique Vachaudez qui m'a convaincu de retourner là- bas. J'en parlais depuis tellement longtemps, ma propre famille n'a jamais

été fort intéressée, les anciens du Congo connaissent cela, 'on raconte des histoires, tu exagères, ce n'est pas possible etc etc', tu racontes toujours la même chose...

J'ai 70 ans maintenant et voulais revoir Stan et Léo plus la région ainsi qu'Usumbura, Bukavu, Kisenyi et Goma avant qu'il ne soit trop tard.

Ayant lu un article sur un sîte internet j'ai contacté la personne responsable et... commandé ce voyage. Nous étions six plus l'organisateur Steve Stevens de Gand ainsi que Freddy et Mich d'Anvers et Philippe et Brigitte, belges mais qui habitent à Los Angeles.

Les années m'ont aussi appris a relativiser, jeune je ne comprenais pas mon père mais au fil des années j'ai appris a le respecter malgré tout ce qui s'était passé.

C'est lui qui m'a donné le gout de l'aventure, les moyens de tirer mon plan dans la vie et une éducation qui m'a permis de fréquenter tous les milieux. Sans oublier l'aviation que j'adorais mais que j'ai du abandonner pour des raisons familiales, vu que mon épouse n'était pas du tout d'accord.

Comme je ne voulais pas rompre mon mariage comme mon père l'a fait si souvent, j'ai mordu sur ma chique et abandonné, dommage. Maintenant pour recommencer je dois tout reprendre a zéro, comme si je n'avais jamais volé et çà... c'est un peu de trop a mon âge, surtout que c'est très chèr pour un retraité.

Après l'aviation et pour me relaxer et me changer les idées je suis devenu juge de concours de sauts d'obstacle hippique. Cela m'a pris quelques années et je suis devenu juge national et ensuite candidat juge international et j'ai participé comme juge a plusieurs concours. Mais, comme l'aviation, j'étais souvent parti et l'on m'a bien fait sentir que c'en était trop et j'ai du a nouveau abandonner mon hobby, en passe d'être nommé international... C'est la vie et j'ai accepté les faits, comme d'habitude et peut-être trop souvent.

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